Education sensorielle

 

Le Frère de la Charité Ébergiste de Deyne a enseigné  à l’Institut saint Joseph auprès des enfants handicapés mentaux. À travers  l’entraînement de leurs aptitudes cognitives par voie sensorielle de Deyne pensait développer davantage celles-ci. Il a photographié chaque nouvel élève à des fins médicales.

Au XIXe siècle, les patients de l’hospice Guislain sont répartis en neuf sections, selon  la gravité de leur maladie. Les enfants anormaux issus des classes sociales inférieures, décrits à l’époque comme « incurables affectés de maladies remarquables », sont hébergés dans ce que l’on appelle le « préau des enfants ». Jusqu’à la fin du siècle, ce sera l’unique endroit en Belgique  où les handicapés mentaux bénéficient d’une certaine forme d’éducation et d’enseignement. Bien qu’établi dans les murs de l’hôpital psychiatrique, ce préau en est  tout à fait indépendant. Pendant longtemps, on n’a pas fait de distinction fondamentale entre « imbéciles », « idiots » et « aliénés ». Tous étaient ces patients, simplement catalogués comme « fous », et partageaient le même sort.

En 1901, les conceptions ont suffisamment évolué pour que l’on décide de de sortir les enfants handicapés mentaux de l’hospice Guislain et de les installer dans un « asile pour enfants » séparé, l’institut Saint-Joseph, sur le Stropkaai de Gand. Si cette institution devient un modèle international, c’est surtout grâce au travail d’Ebergist De Deyne (1887-1943), frère  de la Charité. Le religieux part du point de vue que les enfants débiles ont  un potentiel, mais qu’il ne s’est pas développé. Il pense pouvoir y remédier en entraînant les facultés intellectuelles par le biais des sens. Le frère Ebergist développe même divers instruments didactiques censés favoriser le développement des handicapés par la voie sensorielle.

Le frère Ebergist se forge également une réputation en tant que photographe. Chaque nouveau pensionnaire de l’Institut est en effet fixé sur la pellicule, notamment dans un objectif médical. Ses théories éducatives sont synthétisées  en 1922 dans un ouvrage intitulé L'Éducation sensorielle chez les enfants anormaux. A posteriori, on constatera de nombreuses similitudes entre celles-ci et la philosophie du médecin et pédagogue italien Maria Montessori (1870-1952).