1792

Les premiers psychiatres, que l’on appelait alors des aliénistes, ont développé leur propre méthode pour le traitement des malades mentaux. Leur méthode, la thérapie morale, focalise le renforcement de l’interdépendance du patient et du médecin-psychiatre. Ainsi le médecin serait susceptible d’influencer, de par son autorité, les pensées et les passions du patient.

Dans l’histoire de la psychiatrie, la première moitié du XIXe siècle est décrite comme étant la période de la thérapie morale. On y associe tout de suite les noms des pionniers de la psychiatrie française, Philippe Pinel et Étienne Esquirol. Or, la thérapie morale vit le jour déjà dans la seconde moitié du XVIIIe siècle en Angleterre. En 1758 William Battie défend la thérapie morale du patient. Cette thérapie acquiert un impact plus grand au moment où la Communauté Quaker –un groupement religieux ayant une touche caritative- sous la direction de William Tuke applique la thérapie morale dès 1792 dans son institution, appelée York Retreat.

Néanmoins, Pinel est le premier qui pousse à bout cette thérapie de façon systématique pour l’appliquer en même temps. Et ceci grâce à la modification du climat politique et philosophique en France après la Révolution. Esquirol, son disciple, développe davantage les idées et contribue en 1838 dans une large mesure à la stipulation de la première Loi française sur les soins dispensés aux aliénés. Par la thérapie morale on entend une approche non somatique.

Il s’agit d’une forme d’exercice d’influence psychologique, avec, au centre, les passions. Selon Pinel on doit subjuguer le malade mental en le mettant dans une interdépendance stricte d’avec une personne qui, du point de vue physique et moral le « dépasse ». Cette personne doit essayer de maîtriser inexorablement le malade mental, de sorte qu’elle puisse influencer le flux de ses pensées et dominer ses passions. Il est préférable que le médecin-psychiatre exerce cette fonction d’autorité.

Le moyen le plus puissant à disposition du médecin pour sa thérapie morale, est l’institution même. La structure  de l’asile et surtout le règlement interne doivent être organisés en fonction du renforcement de l’autorité du médecin vis-à-vis des aliénés.